Arash Derambarsh - "Manifeste contre le gaspillage" (Fayard)

Arash Derambarsh – « Manifeste contre le gaspillage » (Fayard)

« À 20 ans, j’ai eu faim et honte de le dire. Il n’est pas simple, dans une société où l’image importe tant, d’avouer qu’on ne gagne pas beaucoup d’argent. À compter de ce jour, le combat contre le gaspillage alimentaire est devenu ma priorité. Comment tolérer cette aberration en bas de chez nous : des kilos de nourriture mis à la poubelle par les supermarchés, à deux pas des SDF qui peinent à se nourrir et dorment dans la rue ?
Avec l’aide de bénévoles et d’amis de ma ville, avec aussi le soutien de personnalités, j’ai initié une vaste mobilisation et réussi à faire plier la grande distribution : le 21 mai 2015, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité un amendement obligeant les grandes surfaces à distribuer leurs invendus à l’association de leur choix. Le Conseil constitutionnel l’a invalidé pour un motif de procédure, mais une nouvelle proposition de loi a immédiatement été redéposée, et elle sera votée très bientôt. Nos efforts ont aussi permis le vote d’un amendement au Parlement européen le 9 juillet.
À la fois récit de cette action collective et guide pratique, ce manifeste prouve qu’il est facile de cesser de gaspiller : en n’achetant que le nécessaire, en faisant ses achats dans le bon ordre, en comprenant mieux l’étiquetage et les dates de péremption, en apprenant à accommoder les restes, mais aussi en veillant à économiser l’eau et l’énergie.
Parce que chacun peut contribuer à faire reculer la faim dans notre pays et dans le monde. »

Né en 1979 à Paris, éditeur, docteur en droit et futur avocat, Arash Derambarsh s’est engagé très tôt en politique. Depuis 2014, il est conseiller municipal à Courbevoie.Préfaces de Mathieu Kassovitz et de Jean-Jacques Eledjam (président de la Croix-Rouge française), postface de Stéphanie Rivoal (présidente d’Action contre la faim)

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Agriculteurs : les raisons d’un désespoir

Faillites, lobbies, malnutrition, pollution : les conséquences d’un système

Eric DE LA CHESNAIS, Arash DERAMBARSH

Plus d’un suicide par jour, une utilisation intensive de pesticides, un élevage de masse ou les pratiques peuvent être cruelles, des organisations syndicales et coopératives qui enfoncent un peu plus les paysans dans la misère : l’agriculture française est prête à exploser ! Ce livre est un plaidoyer et une enquête qui dénonce et apporte des solutions. Il est urgent de redonner à l’agriculture ses lettres de noblesse.

Voyage au coeur d’un système français : l’agro alimentaire. Un puissant système qui crée du gaspillage, de la surproduction, de la malnutrition et de la pollution. En 2017, l’agriculture française est entre les mains des lobbies (Lactalis, Bigard, Monsanto, Bayer). Conséquences : une utilisation intensive de pesticides, des pratiques choquantes dans la grande distribution, des organisations syndicales et coopératives qui enfoncent un peu plus les paysans dans la misère. L’agriculture française est prête à exploser !
Ce livre est un plaidoyer et une enquête qui dénonce et apporte des solutions.

Préface de Brigitte Gothière, cofondatrice de l’association L214

Comment peut-on être de droite aujourd’hui ?
Paru en 10/2006

4e de couverture :

 » Comment peut-on être de droite aujourd’hui en France ? Comment peut-on être de droite et Persan ? Ou, très exactement, Français d’origine iranienne, c’est-à-dire enfant d’immigré, et de droite ? Comment peut-on s’appeler Arash Derambarsh, avoir vingt-sept ans, habiter Courbevoie, la banlieue de Paris, et voter à droite, militer à droite, avoir foi en la droite ?  » Oui, il existe des hommes de droite qui souhaitent faire surgir dans leur propre camp des voix nouvelles. Parce qu’ils jugent que les mots d’ordre habituels se ringardisent chaque jour un peu plus, parce qu’ils pensent que certains affichent des comportements qui déshonorent la République, en appelant à une France d’exclusion, xénophobe et frileuse, prête à faire le lit de tous les extrémismes. Arash Derambarsh, membre du Conseil national de l’UDF, s’insurge. Brandissant le flambeau d’une nouvelle droite humaniste, il part en guerre contre l’injustice sociale infligée aux banlieues, l’iniquité du sort réservé aux plus jeunes, aux femmes et aux immigrés. Passant en revue les menaces qui pèsent sur la laïcité, s’inquiétant de la disparition de la valeur-travail et de la fierté d’être Français, il en appelle à l’instauration d’une VIe République sociale et libérale, qui renouvellera la vie politique française. Avec toute la fougue, l’élan et la liberté de la jeunesse, il propose un nouveau Contrat social en six points et des solutions audacieuses aux problèmes les plus brûlants. Et, parce que croire en la politique, c’est d’abord réinvestir un débat d’idées, Arash Derambarsh ne craint pas de confronter les siennes à un contradicteur cynique et désabusé – un Candide à rebours -, mais qui, lui aussi, croit encore à la République. Voilà donc une profession de foi enthousiaste, qui propose une vision décapante du paysage politique français.

Sur Amazon.fr

Sur Fnac.com

TRIBUNES

Le Monde – Le 18 mars 2011

Voici une curiosité française à laquelle personne ne viendra y dire quelque chose, ni même en débattre. En effet, il a été convenu qu’il ne pourrait pas y avoir de publicité du livre à la télévision, point à la ligne.

 

Pourtant, nous en avons besoin de cette publicité. En effet, le marché du livre ne se porte pas au mieux. Dans cette période de mutation historique, les éditeurs doivent s’adapter et trouver de nouveaux moyens afin de promouvoir leurs ouvrages.

 

Le marché du livre en 2010, c’est 268 millions d’ouvrages vendus neufs pour un chiffre d’affaires de 2,8 milliard d’euros. Ce marché comprend la littérature générale, la jeunesse, la littérature poche, la bande-dessinée, les ouvrages pratiques, les beaux-livres, les guides touristiques et les cartes, le parascolaire et les dictionnaires, et enfin l’informatique.

 

Pour vendre ces ouvrages, aujourd’hui, un éditeur ne peut pas totalement se reposer sur la vente en ligne (Internet) qui commence à peine à progresser tandis que les circuits physiques (librairie) seuls affichent une baisse inquiétante. Alors, certains diront que « tout va bien Madame la Marquise » mais la réalité est tout autre. Les baisses de vente sont quasi-générales.

 

Si la littérature générale en grand format voit ses ventes progresser (les romans et les essais grand format se sont en effet bien vendus), les ventes de littérature au format poche accusent en 2010 un net recul. De même, il y a une baisse sur les marchés de la jeunesse, de la bande-dessinées (albums et mangas), des guides touristiques et des beaux-livres.

 

Le constat est donc simple. L’édition française aujourd’hui, c’est un marché à deux vitesses : une minorité qui gagne de l’argent et qui va en gagner encore plus et la grande majorité qui stagne ou qui perd de l’argent et qui voit leur difficulté s’accélérer. Car en effet, le système s’est perverti. Un livre qui marche va marcher encore mieux en raison du système de la « best-sellerisation » et ceux qui vendaient un peu moins ou pas beaucoup ne vendront quasiment plus. Autrement dit, nous assistons à la lente et progressive disparition de la « classe moyenne » de l’édition. Alors quoi faire en attendant les vraies réformes de fond ?

 

D’abord, comme je l’ai toujours soutenu, il faut aider les éditeurs, libraires et tous les points de vente à s’adapter à cette révolution numérique et à prendre le virage numérique, sous peine de disparaître. C’est au politique de prendre ses responsabilités. C’est le rôle du président de la République et du ministre de la culture de réunir des Etats généraux du livre ou de créer un Grenelle car il y a urgence.

 

Mais d’autre part, il faut aider la promotion des livres. Nous constatons d’abord qu’il n’y a plus de grandes émissions permettant de vendre des livres. Avec la crise que connaissent la presse écrite et la radio, les éditeurs doivent trouver d’autres moyens de les promouvoir.

 

A ce jour, la publicité pour le livre est interdite à la télévision, du moins sur les grandes chaînes. Cette interdiction procède du constat que la publicité pour le livre est soit inopérante, soit porteuse d’effets pervers dangereux pour le livre lui-même. En effet, le prix du spot télévisuel est trop élevé pour qu’il soit possible, et même tout simplement rationnel, de promouvoir d’autres livres que les best-sellers. La publicité irait donc aux livres qui en ont le moins besoin, ceux qui bénéficient de très gros tirages. Ce raisonnement a même été érigé par le Conseil d’Etat.

 

QUOTA

 

Ainsi, avant 2003, l’édition littéraire n’avait pas accès à la publicité. Et ce pour des raisons économiques afin de ne pas fragiliser les maisons d’édition les plus pauvres et permettre également à la presse écrite de conserver ces ressources spécifiques. Je rappelle la décision du Conseil d’Etat (société TMC, société Pathé Régie) en date du 13 mars 2006 qui avait rejeté les demandes d’annulation du décret n° 2003-960 du 7 octobre 2003 modifiant le décret n° 92-280 du 27 mars 1992, dit « décret publicité » qui avait partiellement ouvert la publicité télévisée à certains secteurs économiques. Selon la décision, l’ouverture du secteur de l’édition littéraire aux chaînes du câble et du satellite « est justifiée par l’objectif d’intérêt général d’apporter de nouvelles ressources à ces services, dont l’économie est fragile, tout en évitant des transferts trop importants de budgets publicitaires de la presse vers la télévision et la concentration des messages publicitaires à la télévision au bénéfice des sociétés d’édition les plus importantes ».

 

Mais il faut être ambitieux en la matière et ne pas rester sur ce simple raisonnement. C’est d’une affaire d’intérêt général culturelle qu’il est question. Cette décision n’est plus en accord avec notre réalité économique et médiatique. En effet, pour protéger les petits éditeurs et les libraires, le politique refuse d’aider un secteur fragile. L’édition française a pourtant besoin de cette fenêtre médiatique.

 

Je propose donc de voter une loi pour créer un quota de temps libre pour la publicité pour le livre, produit non commercial mais culturel. Afin de ne pas précisément favoriser les éditeurs les plus riches concernant l’achat des spots de publicité, pourquoi ne pas proposer au Syndicat national de l’édition (SNE) d’organiser avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) une promotion équitable et juste entre tous les éditeurs ? De surcroît, il serait tout à fait envisageable de faire un échange de marchandise entre les éditeurs et les diffuseurs. Enfin, pourquoi ne pas débloquer un budget par l’Etat pour cette initiative ?
Il est si simple d’interdire la publicité à la télévision et de refuser ce débat. Tout le monde le souhaite pourtant. Le courage, c’est justement d’en parler et de l’organiser. Notre profession en a besoin, et d’urgence.
Le Monde – Le 31 octobre 2010
Nous voici dans un tournant historique en matière de support pour l’écriture. Mais le conservatisme et le pessimisme demeurent.
Pourtant, dans ce virage unique, voici un bras de fer inédit entre le conservatisme et le modernisme. Ce modernisme, des sociétés telles que Google ou Amazon veulent l’imposer pour certains, la proposer pour d’autres.
Car, en effet, il s’agit de 200 000 titres en anglais et de journaux dans plusieurs langues. Voilà ce que propose le vendeur américain de livres sur Internet Amazon. Quant à Google, ce dernier ne fait pas les choses à moitié. Le géant de la recherche sur Internet va lancer sa librairie numérique au premier semestre 2010, en Europe, en proposant d’emblée quelque 500 000 titres aux internautes. Des partenariats avec des éditeurs sont, par ailleurs, signés pour deux millions d’ouvrages.
En France, la grande majorité des éditeurs contestent le comportement de Google. Le Syndicat national des éditeurs français (SNE) et le groupe La Martinière, appuyé par Gallimard et Flammarion, poursuivent actuellement le géant de l’Internet pour contrefaçon. De surcroît, la chancelière allemande, Angela Merkel, a condamné Google Editions. Elle défend, à juste titre, la protection des droits d’auteur sur Internet. Elle rejette, par ailleurs, la numérisation des ouvrages de bibliothèque si on ne tient pas compte de cette protection, comme le fait Google.
Il s’agit donc de protéger la propriété littéraire, car sans auteurs, pas de livres. Les éditeurs français exigent de Google le respect de la loi, et ils ont raison. Toutefois, le livre électronique est une chance. Il apporte une réponse pratique. En effet, le Kindle, livre électronique d’Amazon, peut télécharger 1 500 ouvrages. Pour le cartable des étudiants, c’est une réponse exceptionnelle. De plus, la nouvelle génération pourra beaucoup plus facilement se familiariser avec les classiques.
Par ailleurs, ce marché est rentable pour un secteur d’activité qui est à bout de souffle. Cependant, il s’agit de sauvegarder les libraires et les points de vente. Pourquoi, d’ailleurs, ne pas les adapter rapidement au numérique ? En France, après une longue période d’immobilisme, les choses commencent à évoluer. La Fnac, par exemple, a annoncé avoir vendu 40 000 livres au format numérique, et propose désormais 30 000 titres sur son site. Mais c’est tout le secteur de la distribution qu’il va falloir réformer et adapter.
L’Union européenne et le G20 doivent donc se saisir de cette question. Le téléchargement est mondial et n’a pas de frontières. De même que les Etats doivent contrôler la mondialisation et non la subir. Le secteur musical n’avait pas vu venir le tsunami Internet, et son économie a vacillé. Il faut donc développer une offre légale, payante, et ne pas subir ce qu’a connu le monde du disque. Le politique doit jouer son rôle et imposer un prix unique du livre numérique afin de sauver les acquis des auteurs.
Enfin, on se trompe si l’on considère le livre papier comme sacré. Le papier et le livre électronique cohabiteront un temps, mais, à l’heure du numérique, les générations futures s’en passeront sans problème. Aux éditeurs de prendre leur destin en main afin de prévoir l’avenir.
Le Monde – Le 11 avril 2012
Enfants de la République française, nous sommes inquiets. Nous avons choisi de faire dialoguer les identités juives et perses. Nous avons décidé, réunissant français et iraniens, de lutter ensemble contre le négationnisme. C’est pourquoi, nous interpellons nos dirigeants politiques sur le danger que représentent les entraves au travail de mémoire. Face au négationnisme qu’il faut combattre, nous devons aussi faire le pari de l’humanisme, du savoir et de la pédagogie.

 

Alors que l’on pourrait croire que la lutte contre le négationnisme est devenue obsolète, force est de constater qu’il n’en est rien. En France, l’enseignement de l’histoire de la Shoah est parfois mis à mal. Dans des classes, des professeurs menacés renoncent à enseigner l’histoire de la Shoah. Et pour les dirigeants iraniens, le négationnisme est devenu une arme au service de la violence d’Etat.

 

Certes, il existe un certain nombre de cadres institutionnels et juridiques solides qui nous permettent de mener une réflexion apaisée sur les questions mémorielles. Le drame de l’holocauste a été reconnu et condamné par le Tribunal militaire international de Nuremberg en 1945. En France, il ne peut y avoir de négation de la Shoah impunie grâce à la loi Gayssot, qui sanctionne l’expression publique des idées négationnistes. Chaque geste soutenant ce délit doit être combattu dans les tribunaux comme ailleurs. Et il en est de même dans le combat contre l’oubli des crimes contre l’humanité qui ont eu lieu en Yougoslavie, au Cambodge et lors du génocide des Tutsi au Rwanda sans oublier le génocide des Arméniens, sans oublier celui concernant l’arrestation d’Omar El Bechir qui sous mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité.

 

En Pologne, dans la ville Oswiecm, qui a donné son nom au camp d’Auschwitz, le temps grignote la mémoire. Notre venue, avec une délégation franco-iranienne, il y a quelques jours, a embarrassé ses habitants. Pour que la vie reprenne son cours sur ce site et dans ses alentours, certains ont la volonté d’effacer des traces, de limiter l’accès ou d’en réduire la portée. Des maisons toutes neuves jouxtent les limites du camp. Dans son jardin, une grand-mère caresse son chien à deux pas des lieux de pendaison. Comment fait-on pour vivre si proche voire même sur une fosse commune ?

 

Depuis plusieurs années, pour ne pas incommoder la population qui a construit des maisons sur la route, nous devons nous rendre à pied jusqu’à la Judenramp, menant aux camps d’extermination d’Auschwitz-Birkenau (1,2 millions de morts), stoppés par un sens interdit « sauf aux riverains ». Les habitants ont obtenu que les cars ne puissent plus y accéder. C’est sur ce lieu chargé d’une histoire terrible que les déportés juifs ont subi la Sélection et que la très grande majorité d’entre eux ont été envoyés vers les chambres à gaz.

 

Pourtant, et malgré son importance indiscutable, ce lieu n’a été réintégré au Musée que très récemment mais trop rares sont les visiteurs qui s’y rendent. Le cas est encore plus marquant s’agissant du Bunker 1 qui a été le premier lieu d’extermination systématique par le gaz des Juifs envoyés à Auschwitz-Birkenau. Cette grange, transformée par les SS en chambre à gaz a été rendue à ses propriétaires après la guerre et une nouvelle maison a été édifiée sur les ruines de la chambre à gaz et à proximité des fosses communes utilisées pour la crémation des victimes. Ce n’est que depuis quelques années et grâce au combat de l’historien Marcello Pezzetti et l’intervention de Richard Prasquier que les propriétaires ont accepté de vendre leur maison afin qu’elle soit détruite et qu’une plaque commémorative soit érigée. La route pour s’y rendre est aussi interdite aux cars, aucune indication n’est fournie par le Musée ou la ville et les habitants des maisons voisines veillent à dénoncer toute incursion d’un bus. A croire que dormir et jouer sur une fosse commune ne dérange personne et que la délimiter précisément n’est pas une priorité. Et l’idéologie officielle du Musée d’Auschwitz est de mettre en parallèle les victimes juives et polonaises sans expliquer que tout le mécanisme d’extermination ne concerne que les Juifs et les Tziganes. Ils jouent sur la notion d’extermination directe et indirecte pour atténuer, voire nier, la spécificité du sort réservé aux Juifs et aux Tziganes.

 

Or, que reste-t-il de la mémoire de la Shoah, si le lieu qui la garde porte en lui les germes de sa négation ? Nous ne voulons plus retourner à Auschwitz pour être indignés ou nous sentir de trop. Le site d’Auschwitz doit être débarrassé des tentatives de banalisation voire d’effacement du lieu de l’extermination tout comme d’un usage politique atténuant la spécificité du sort réservé aux Juifs.

 

On ne saurait dire à quel point la négation de la Shoah est grave. Le négationnisme est l’ultime moment de l’effort d’annihilation des Juifs entrepris par les nazis. Non contents de mettre fin à leur vie, ils se sont attachés à effacer toutes traces de leur disparition. La Solution Finale visait à supprimer à tout jamais le peuple juif de la terre et des consciences.

 

Pour renforcer les cadres institutionnels de préservation de la mémoire et des lieux de mémoire, nous proposons la création d’un Fond Européen qui aurait vocation à garantir la transmission de la mémoire, en protégeant les lieux décisifs et en permettant aux lycéens de l’Union Européenne de visiter les camps de la mort. Ce n’est pas une dépense, mais un investissement sur l’avenir. Nous permettrons à une nouvelle génération de voir, analyser et comprendre afin de faire barrage à la haine et à ceux qui trahissent la réalité de l’Histoire.

 

Aux candidats de se prononcer sur ces sujets durant la campagne électorale. Au prochain Président de la République de porter la question du négationnisme, de la préservation des lieux de mémoire et de l’éducation à l’ordre du jour du prochain G20 et des réunions de l’Union Européenne.

 

La Shoah ne devint un sujet de préoccupation pour les sociétés occidentales qu’à partir des années soixante-dix. A nous de faire en sorte qu’elle le reste.
Le Nouvel Observateur – Le 27 mars 2012

Le défi du Vivre Ensemble en France (Le Nouvel Observateur – 27.03.12)

Voici ma tribune publiée au Nouvel Observateur +. Elle est intitulée « le défi du Vivre Ensemble en France« .
Le niveau de cette campagne électorale n’est pas satisfaisant. Aucun des sujets qui inquiètent et qui intéressent les Français n’est débattu contradictoirement. Le buzz, la passion, le dénigrement et les insultes sont préférés au sérieux, à la sérénité, au respect et au débat. Tout est plus rapide, plus sauvage et plus artificiel. Nous manquons de calme dans le débat public.
Or, une élection présidentielle a cet avantage de permettre le rassemblement du peuple français autour de sujets forts. Nous devons débattre et nous devons nous respecter.
Nous, Français, avons le droit à un débat national sur notre justice, notre santé, notre politique internationale et européenne, notre politique économique, culturelle et numérique, sur le travail, sur les valeurs et sur notre identité nationale. Sans clivage stérile ni politique politicienne.
Valorisons ce qui va bien dans notre pays
Les événements de Toulouse, comme tout autre événement, ne doivent pas venir parasiter le débat public. L’obscurantisme ne vaincra jamais notre longue et vieille démocratie, acquise par le sang et les larmes de jeunes français à qui nous devons rendre hommage. La République ne doit pas vaciller. Mon ami Abd Al Malik me dit souvent qu’un arbre qui tombe fait toujours plus de bruit qu’une forêt qui pousse. Nous pointons sans cesse le doigt sur ce qui ne va pas mais nous ne valorisons jamais ce qui marche dans notre pays.
Néanmoins, il est légitime de nous remettre en question et de répondre aux interrogations qui divisent notre nation.
Ainsi, quel constat et quelle réponse concernant les relations entre les différentes communautés religieuses ? De même, quid des relations au sein de l’entreprise, les relations entre personnes d’origines ethniques différentes, les relations entre générations, les relations au sein des familles et surtout les relations entre hommes et femmes ?
Par ailleurs, comment répondre aux différentes menaces de notre « Pacte républicain » ? Je pense notamment à l’accroissement des inégalités sociales, la crise économique et financière, les extrémismes religieux, l’individualisme, les extrémismes politiques, le repli communautaire ou encore le fossé entre les générations ?
La solution : le « vivre ensemble »
Pour répondre à ces menaces, à ces peurs et à ces inquiétudes, la réponse doit être le « vivre ensemble ». Prenons le temps d’en débattre, au-delà des clivages politiques. Ne laissons pas le calendrier électoral et le buzz médiatique rythmer ce débat que les Français réclament, mais dans le calme.
La République française doit favoriser et valoriser l’union nationale autour de concepts à réétudier et réactualiser. Pourquoi ne pas nous fixer un calendrier pour en débattre comme le font les Scandinaves ?
Ce concept du « vivre-ensemble » doit être fondé sur des droits, des devoirs et des obligations pour chacun et chacune d’entre nous.
Notre France est démembrée (les urbains contre les ruraux, les patrons contre les employés, le communautarisme, les nationaux et les étrangers,…) mais la peur et la méconnaissance ne peuvent reculer qu’avec cette seule et unique réponse du « vivre ensemble ».
Une promotion des valeurs est nécessaire
Ainsi, cela passe par la promotion de valeurs telle que la laïcité, la tolérance, le respect et la dignité. Cela passe également par la formation des jeunes à la citoyenneté telle que l’enseignement théorique et pratique de l’instruction civique, le retour à un service militaire ou civil.
Mais il faut également sanctionner davantage les actes d’incivisme. Ainsi, le travail de la justice et de la police doit être réorganisé. Il n’est pas normal qu’une victime ait autant de mal à faire valoir ses droits. Une simple plainte au commissariat devient un parcours du combattant. En effet, l’agent de police incite souvent la victime à faire une main courante, ce qui n’a aucune conséquence judiciaire. Au mieux, la plainte sera faite contre X quand bien même la victime connaît l’identité de son agresseur. Et pour la grande majorité des cas, il y aura un classement sans suite. Cela entraîne des frustrations et convainc la victime à se faire justice elle-même. De plus, il faudra appliquer la peine qui a été jugée.
Dans ce « vivre-ensemble », il faudra reconsidérer notre rapport avec la pauvreté et développer la solidarité avec les plus pauvres. Certes, nous devons valoriser la méritocratie et le travail, mais écarter les plus pauvres, comme aux Etats-Unis d’Amérique, fera reculer notre « Pacte républicain ». Notre système actuel n’est pas le bon car il favorise clairement l’assistanat, le népotisme et les réseaux.
Favorisons l’éducation
Ce concept doit également prendre en considération la connaissance des différentes cultures et religions présentes en France. Faire reculer la méconnaissance signifie un enseignement plus adapté et une valorisation des matières comme la géographie, l’histoire ou les sciences.
Enfin, ce concept doit prendre en compte la relation intergénérationnelle. Il est évident que les générations se comprennent moins qu’avant. Les raisons sont multiples mais la révolution numérique est un élément de réponse. Cette révolution est pourtant une chance et une opportunité.
Les hommes et les femmes politiques ont une grande responsabilité. Les journalistes et les médias également. Les français ne pardonneront pas l’atteinte à notre Pacte républicain.
N’oublions pas qu’une démocratie reste fragile. L’Iran a basculé dans la théocratie en 1979 et l’Allemagne dans la dictature en 1933.
En cette période où il n’y a jamais eu si peu de guerres et de conflits dans le monde, mais avec une des plus grandes crises que nous subissons, l’Histoire peut basculer d’un côté ou d’un autre. Aux responsables d’être à la hauteur des enjeux de notre époque. Celui de relever le défi du « vivre ensemble » à la française afin d’éclairer de nouveau le monde.